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La bataille du Vendredi saint
fut l'apogée de la rivalité Montréal-Québec
au hockey. L'incident se produisit le 20 avril 1984 au Forum de
Montréal à l'occasion du sixième match de la finale
de la division Adams. Montréal menait la série trois
victoires à deux. Des événements disgracieux eurent lieu au terme de la deuxième période. Les Nordiques avaient une avance de 2 à 0 et semblaient dominer la rencontre. Au cours du deuxième engagement, Dale Hunter des Nordiques chargea à deux reprises le gardien Steve Penney des Canadiens. Les esprits s'échauffèrent. Une première bagarre éclata entre Louis Sleigher (Québec) et Jean Hamel (Montréal). Au moment où l'altercation semblait terminée, Sleigher assomma Hamel d'un coup de poing sournois à la tempe, ce qui déclencha le début des hostilités entre les deux clubs. Une fois que les deux équipes eurent regagné leurs vestiaires respectifs, l'arbitre Bruce Hood distribua les pénalités. Inexplicablement, Hood attendit leur retour sur la patinoire pour les faire connaître. Ainsi, des joueurs expulsés après la première altercation participèrent à la seconde bagarre générale. Une fois le calme revenu, Hood décerna 198 minutes de pénalités, 94 à Montréal, 104 à Québec, et douze joueurs furent expulsés. Du côté montréalais il y eut Richard Sévigny, Chris Nilan, Mario Tremblay, Mike McPhee, Mark Hunter et Jean Hamel; du côté québécois, ce furent Peter Stastny, Dale Hunter, Randy Moller, Clint Malarchuck, Wally Weir et Louis Sleigher.Cette bataille fut le point tournant de la rencontre. Montréal combla son retard de deux buts, puis l'emporta 5 à 3 et élimina les Nordiques. |
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Le premier duel se solde par une
victoire serrée de 3-1 du Canadien, mais déjà la
table est mise pourl'une des plus grandes rivalités de l'histoire
de la Ligue nationale. Tout milite en faveur de cette guerre en devenir
: la rivalité historique entre les deux villes, une bataille
commerciale entre deux brasseries, la fleur de lys du chandail des
Nordiques qui flirtent avec la fièvre nationaliste qui bat son
plein, et le rouge du Canadien associé alors à une ferveur
plus fédéraliste. Au début de chaque saison, les amateurs s'empressent de consulter le calendrier pour connaître les dates des prochains matchs opposant Montréal à Québec. On ne veut surtout pas manquer cela. Même les soirées du temps des fêtes sont animées d'un intérêt nouveau avec la présentation des rencontres annuelles du 31 décembre. La guerre avant le Bye Bye ! Les fans des deux équipes se détestent pendant les trois dernières heures de l'année, tout juste avant de se souhaiter bonheur, prospérité et la coupe Stanley à la fin de leurs jours! En 1982, la première confrontation Nordiques-Canadien en séries éliminatoires créera un engouement jamais vu. Lorsque Dale Hunter enfile le but victorieux dans le cinquième match décisif de la demi-finale de division, l'équipe de Québec vient d'imposer le respect et de donner le signal du début de ce qui, très bientôt, divisera les familles et tout le Québec en deux clans. |
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Les deux équipes ne se
rencontreront que quatre autres fois en séries. Le choc de 1984
demeure, à ce jour, le plus mémorable dans l'esprit des
plus ardents partisans des Nordiques comme de ceux du Canadien. Le
vendredi 13 avril, la guerre atteint son apogée en vivant ses
moments les plus sombres. Depuis plusieurs jours, les entraîneurs
Lemaire et Bergeron, de même que les joueurs des deux
équipes s'invectivent par médias interposés. Les
journaux font de la bonne copie et la guerre des mots se fait même
entre les scribes des quotidiens basés dans les deux villes. La
galerie de presse est une tranchée où la tension est
palpable. Dans le cinquième match de la série, une bagarre générale éclate en fin de deuxième période. Il faut plusieurs minutes afin de séparer les belligérants. Mario Tremblay, Doug Risebrough, avec Larry Robinson qui tente de jouer les pacificateurs, livraient bataille à Dale Hunter, Peter Statsny et Alain Côté. Tout le monde rentrait au vestiaire, mais pas avant que Jean Hamel n'encaisse un coup sournois de Louis Sleigher. Blessé à un œil, Hamel ne jouera plus au hockey. Les joueurs étaient revenus sur la glace avant que les arbitres n'aient eu le temps de départager les pénalités à décerner. Quand l'annonceur Claude Mouton fit connaître la décision des officiels, les joueurs déjà expulsés relancèrent les hostilités qui s'étirèrent sur plus de 40 minutes. Un Vendredi saint qui n'avait plus rien de catholique. Montréal se sauvait avec les honneurs de la série par quatre victoires contre deux. |
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L'année suivante, en
1985, Peter Stastny offre une douce revanche aux Nordiques en
éliminant le Canadien, inscrivant le but vainqueur dans le
septième match. Et que dire de 1987? Le but refusé
à Alain Côté fait encore jaser dans les
chaumières. Les Nordiques auront d'ailleurs beaucoup de mal
à se remettre de ce revers amer. Suivront des années de
vache maigre, où l'équipe éprouve toutes sortes de
difficultés. Les Nordiques deviennent les Nordindes! Il faudra attendre le printemps de 1993 pour que la flamme se ravive. En demi-finale de division, Québec s'impose lors des deux premiers matchs, créant la surprise face au Canadien qui venait de connaître une très bonne saison. Avec les Sakic, Sundin et compagnie, on sentait un vent d'optimisme. Mais c'est le moment qu'avait choisi un certain Patrick Roy pour livrer l'une des plus incroyables performances de sa vie. Onze victoires d'affilée et dix en prolongation en route vers une 24e coupe Stanley. Le dernier face-à-face a eu lieu à Québec, le 26 avril 1995. Un verdict nul de 1-1 qui laissait tout le monde à la fois triste et indifférent. La nouvelle réalité économique du sport professionnel avait sonné le glas des Nordiques. Avec leur départ annoncé pour le Colorado, c'est toute une époque qui s'envolait avec eux. Et depuis, le Canadien et ses fans se cherchent encore un adversaire qui soulèvera les passions. |
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Marc de Foy (Journal de
Montréal) «J'ai beaucoup aimé cette période fébrile. Il est vrai qu'à certains moments, on a fait preuve de démesure. Notre métier en a pris pour son rhume. J'avoue que la rivalité me manque. Mais, les échanges par médias interposés entre les deux villes étaient disproportionnés. Ça débordait de partout à la télévision, à la radio et dans les journaux. C'était parfois non professionnel et complètement fou.» Pierre Ladouceur (La Presse) «En un mot, ce fut une disgrâce. Je n'ai rien contre la compétition. Je n'ai rien contre les émotions qu'elle engendre. Mais, avec la rivalité Canadien-Nordiques, tout cela a été porté à un niveau ridicule. Quand on en arrive à ce que les journalistes eux-mêmes s'engueulent, ça n'a pas de bon sens. Le triste aboutissement en fut le match du Vendredi saint. La compétition était très intéressante, mais nous aurions mérité une conclusion plus honorable que celle de voir Jean Hamel être assommé par un ex-coéquipier.» |
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Pierre Durocher (Journal de
Montréal) «On ne manquait jamais d'action ou de sujets à traiter. La matière était tellement dense. On savait toujours ce qui s'écrivait dans les journaux de Québec et vice versa. C'était toujours bien d'aller à Québec. La proximité entre les deux villes semblait ramener tout cela au niveau du hockey junior. Ça frisait parfois la folie. Mais, comme c'est souvent le cas entre Montréal et Québec, ça dépassait le cadre du sport.» Claude Mailhot (RDS) «Ce n'est pas compliqué. J'étais nerveux avant les matchs. Je n'ai jamais plus ressenti cette nervosité pour d'autres matchs de hockey, sauf pour les conquêtes de la coupe Stanley du Canadien. Je vivais une situation particulière. Je suivais les activités du Tricolore pour CKAC, et j'agissais comme présentateur pour les matchs des Nordiques, au réseau TVA. J'étais toujours entre deux feux. Quand le Canadien perdait à Québec, les gens m'interpellaient pour me dire «On t'a battu». Quand les partisans du Canadien me voyaient à la télé pour les matchs des Nordiques, ils me disaient que je ne devrais pas être là.» |