Tiré ;de Langue française, vision systémique
Application à; la langue française de la théorie
de M.A.K. Halliday et de R. Hasan
par Gilles Lemire
pitre 6
Chapitre 5
L'entre-deux : le groupe
5. Fonctions du groupe, ses constituants et son environnement
Dans la structure textuelle, le groupe occupe une place de premier plan parce qu'il sert de transition entre la proposition et le mot. Alors que la proposition constitue la principale articulation qui porte le sens global du texte : elle est le support de l'idée, le mot dévoile chaque unité marquée par les valeurs lexicogrammaticales. Celles-ci contribuent à donner la cohérence et la cohésion au texte et cela, entre autres, au moyen de l'une des structures charnières, celle du groupe. Il y a lieu de partager l'étude du groupe selon ses rapports à l'unité plus grande qui est la proposition, d'une part, et ce sont les fonctions sémantiques dont il sera question (Chapitre 5); et d'autre part, selon ses rapports à l'unité plus petite qui le constitue, le mot et ses composantes (Chapitre 6). Cela va avoir comme avantages de faire ressortir : i) la manière cohérente dont les modifications des mots s'effectuent et ii) les accords qui se font entre eux pour en garantir la cohésion (Chapitre 7).
Ce chapitre se situe dans la plus globale de ces deux visions; l'étude des groupes en tant qu'unités constituantes des propositions va faire ressortir les rôles qu'ils jouent lorsqu'ils sont décrits à partir des fonctions du langage. L'organisation des groupes dans la structure de la proposition est dépendante de la configuration des significations; celles-ci peuvent s'exercer simultanément par le biais de la même structure textuelle. Le but visé par l'étiquetage des fonctions consiste à se donner des moyens pour interpréter les structures grammaticales. Et cela, de telle sorte qu'à toute instance discursive, puisse être mise en relief l'organisation des relations dans leurs rapports au système du discours pris dans sa totalité.
Les étiquettes attribuées aux fonctions sont le résultat d'une interprétation du langage décrit à partir de ses systèmes et de ses structures, quel que soit le rang d'analyse. La description des fonctions du langage requiert : et l'identification des diverses fonctions auxquelles la grammaire fait appel, et les diverses configurations qui sont définies par ces fonctions. En d'autres mots, on a besoin de toutes les structures possibles dont on se sert pour communiquer au moyen du langage en se rappelant qu'une structure est une configuration de significations ou encore une configuration de fonctions. À titre d'exemple, prenons la phrase simple ou la proposition suivante : << Ce gamin lance des cailloux >>. À chacun des trois groupes, correspond une fonction : ACTEUR, PROCÈS, BUT. Il importe cependant de mentionner que chaque groupe de la structure linguistique est multifonctionnel; ce qui revient à dire que, dans à peu près toutes les instances du discours, les constituants ont plus d'une fonction à la fois. Ainsi le groupe << Le garçon >> est l'ACTEUR, mais dans le cas présent, il est aussi le SUJET.
À chacun des trois groupes, correspond une fonction : ACTEUR, PROCÈS, BUT.
En se fondant sur la configuration du système sémantique du langage, le GROUPE joue autant de fonctions qu'il y a de macrofonctions -- comme le terme fonctions est attribué aux rôles joués par les GROUPES, unités de rang 3 (voir 2.2d), nous allons nommer macrofonctions, celles qui exercent un rôle à caractère plus globalisant. Les fonctions expérientielle, interpersonnelle et textuelle présentées en 1.2 deviennent, par rapport aux fonctions exercées par les GROUPES et s'y reliant une à une, les macrofonctions du même nom.
Parmi les fonctions exercées par les GROUPES, celle de SUJET est à la base de la tradition occidentale en analyse grammaticale. Selon les grammairiens médiévaux qui tiraient eux-mêmes leurs appuis des grammaires des langues anciennes, le latin et le grec, le SUJET est un élément que chaque proposition doit contenir et qui peut être identifié comme tel. Mais des façons différentes d'interpréter cette notion de SUJET ont vu le jour en raison des fonctions diverses qui lui étaient attribuées. En fait, elles se rattachent toutes à l'une ou l'autre des macrofonctions du langage et peuvent être définies comme suit. D'abord le premier regroupement s'effectue en rapport avec la définition qui se rattache à la macrofonction idéationnelle, que ce soit dans sa dimension expérientielle ou existentielle, cela limite la notion de sujet à ce qui est l'objet du message. Cette signification, qui est assignée au SUJET, place toute la proposition dans la perspective du message; il s'agit du point de départ d'où le locuteur amorce ce qu'il veut dire. Le terme thème[1] est utilisé pour véhiculer la valeur de cette fonction.
Pour le second regroupement, c'est de la macrofonction interpersonnelle que découle la définition du SUJET : le SUJET est l'ACTEUR, celui qui fait l'action. Le terme ACTEUR est employé pour identifier une fonction attribuée au GROUPE représentant ce qui participe activement au PROCÈS : c'est celui qui fait l'action. La proposition ou la phrase simple est alors considérée comme un échange.
En troisième lieu, vient la macrofonction textuelle associée à la fonction logique qui, à partir de nombreuses autres interprétations entourant la notion de SUJET, définit comme suit la fonction exercée par le GROUPE : ce au sujet de quoi quelque chose est prédiqué, c'est-à-dire ce qui porte la vérité de l'argument. La proposition ou la phrase simple est alors considérée comme la représentation d'un PROCÈS et le SUJET est cette fonction qui en est tenue responsable, c'est sur elle que repose le succès de la proposition.
Il va de soi que ce ne sont pas des définitions qui sont synonymes, mais il arrive que le SUJET comporte toutes ces significations en même temps. Et la proposition considérée comme message, la proposition considérée comme échange et la proposition considérée comme représentation du PROCÈS constituent les trois principales sortes de signification que porte la structure de la proposition. Cela peut être explicité au moyen d'une configuration de fonctions et dans les meilleurs des cas les trois fonctions peuvent investir la même structure. L'étiquette de fonction prend du sens au fur et à mesure que le GROUPE SUJET entretient des relations avec les autres fonctions auxquelles il est structuralement associé : la structure totale est ce qui exprime ou réalise la signification que le locuteur ou le scripteur a l'intention de produire. À titre d'exemple, prenons la fonction ACTEUR, elle n'est définie que par ses relations aux autres fonctions impliquées dans l'organisation des structures textuelles envisagées du point de vue de la macrofonction idéationnelle. Afin de représenter la modélisation de l'expérience, à la fonction ACTEUR s'ajoutent celles de PROCÈS et de BUT (voir, p. 68).
Longtemps ces trois sortes de sujets furent étiquetées comme étant différentes et, à partir de la moitié du siècle dernier, on les appelait sujet psychologique, sujet grammatical et sujet logique. Comme la réalité est qu'il est question de trois fonctions distinctes et séparées, il ne convient pas de placer sous le concept général de SUJET des variétés de celui-ci, mais des étiquettes spécifiques à chacune des fonctions reconnues. Nous utiliserons donc : THÈME pour sujet psychologique, SUJET pour sujet grammatical et ACTEUR pour sujet logique. Les trois sections de ce chapitre sont consacrées à chacune de ces fonctions. Selon chaque cas, des fonctions complémentaires vont venir permettre de construire la proposition qui convient.
5.1 Les groupes dans la proposition prise comme message
En commençant par la fonction qui nous amène à considérer la proposition comme message, nous abordons l'analyse de ce qui s'appelle la structure thématique. Dans toutes les langues, la proposition revêt les caractéristiques du message : elle est organisée de telle sorte qu'on lui donne le statut d'acte de communication. Pour accomplir le message, chaque partie de la proposition joue un rôle bien identifié. Un élément de la proposition est énoncé comme thème qui se combine à ce qui suit : ces deux parties mises ensemble forment le message. Les productions orales ou écrites en français posent comme indication qu'un élément du texte est le THÈME en le plaçant au début de la proposition. Nous le répétons, le THÈME est ce qui se place au début de la proposition et ce qui fait l'objet du message, alors que le RHÈME[2] est la partie restante de la proposition : c'est la partie du message qui suit le THÈME. La structure du message est donc décrite comme étant un THÈME qui est accompagné d'un RHÈME. Dans les exemples qui suivent, le groupe du début est identifiable comme étant le THÈME.
Le THÈME est ce qui se place au début de la proposition et ce qui fait l'objet du message.
Le THÈME n'est pas nécessairement un groupe nominal, comme il l'est dans les exemples données en 5.1a. Ce peut être aussi un groupe adverbial ou un groupe prépositionnel (5.1b).
L'organisation thématique de la proposition exprime et
révèle la méthode de développement d'un texte.
À partir du THÈME, on sait vers où
le texte s'en va. Dans la structure THÈME/RHÈME, le
THÈME est l'élément important. En analysant la composition
d'un texte du point de vue du message, proposition par proposition, le regard
sur la texture gagne en profondeur et la compréhension de la nature
des intérêts voilés du scripteur
s'élargit.
5.2 Les groupes dans la proposition prise comme échange
Le texte est porteur d'un autre aspect qui est celui de la signification envisagée du point de vue de la macrofonction interpersonnelle. De ce point de vue, l'analyse de cette dimension de la configuration des significations s'effectue en mettant en évidence la valeur d'échange. Cela fait ressortir la dimension interactive de l'événement en mettant en relation : i) le locuteur et l'auditeur, ou ii) le scripteur et le lecteur. Faisons notre démonstration en utilisant la communication orale. Dans l'acte de parler, le locuteur prend en charge un rôle et, de ce fait, il réserve le rôle complémentaire au sien à l'auditeur; rôle d'ailleurs qu'il assumera, à son tour, dans le déroulement de la situation de communication. Ainsi, s'il joue le rôle de celui qui pose des questions, le locuteur joue le rôle de celui qui cherche de l'information et il exige en quelque sorte que l'auditeur investisse le rôle de celui qui apporte l'information désirée.
Si l'on cherchait à établir une typologie des rôles exercés en communication orale, la classe de rôles qui figurerait au premier plan serait celle qui met en jeu : i) celui qui donne, et ii) celui qui demande. Ou le locuteur donne quelque chose à l'interlocuteur, de l'information par exemple, ou il demande quelque chose pour lui-même. Ces catégories élémentaires requièrent le recours à des notions complexes : celle de donner qui veut dire : une invitation à faire et celle de demander qui veut dire : une invitation à recevoir. Et il devient évident que le locuteur n'est pas seul à agir, il s'attend à ce que l'auditeur fasse quelque chose aussi. De par sa nature même, un acte de communication orale gagne à être appelé une interaction langagière; c'est un échange au cours duquel donner présuppose recevoir et vice versa.
À l'intersection du couple donner/demander, il y a une autre distinction qu'il importe de faire, la distinction qui précise la commodité : cette commodité qui fait l'objet de l'échange. Ce peut être ou en rapport avec les biens et services, [1], [2], [3],ou en rapport avec le besoin d'information. [4]. Si je dis à quelqu'un :
[1] Embrasse-moi !
ou [2]Va-t-en ! tu me caches le soleil!
ou encore [3] Passe-moi le sel,
dans ces cas, la commodité a trait à ce qui est du non-verbal. Mais si je demandais :
[4] Est-ce que c'est mardi?
Il s'agirait là d'une demande de renseignements et la réponse attendue ne devrait être que verbale, ce serait un échange d'information. Quand on place ensemble ces quatre variables : donner, demander, biens et services et information, on définit les quatre fonctions de base du discours : l'offre, la commande, la déclaration et la question.
La commodité faisant l'objet de l'échange. Ce peut être ou en rapport avec les biens et services, ou en rapport avec le besoin d'information.
À cet ensemble de variables correspond un ensemble de réponses attendues : à l'offre, l'acceptation de l'offre; à l'ordre, son exécution; à la déclaration, la reconnaissance de celle-ci; et à la question, la réponse. Une alternative est cependant chaque fois disponible, qu'il s'agisse de rejet ou de refus, de démenti ou de négation.
En se servant de la proposition pour expliquer les usages de la structure textuelle exploitée dans la fonction d'échange, les constituants de la proposition deviennent les fondements d'une partie de la signification à partir de la valeur modale du verbe. Le verbe à mode personnel et le SUJET sont les deux constituants de la proposition prise comme échange, tout autre élément de la structure textuelle est considéré comme étant résiduel, c'est-à-dire comme étant ce qui reste. Ce RÉSIDU n'a pas de valeur pour les fins de l'analyse. Dans les exemples [1], [4] cités ci-dessous (5.2c)
[1] Le duc a donné la théière à ma tante.
[4] Le duc a-t-il donné la théière à ma tante?
ces constituants, exploités ici, de la proposition observée dans l'optique de l'échange se dégagent ainsi : i) l'élément fini[3] est celui qui contient la marque de la personne; ii) la catégorie grammaticale qui est employée comme caractéristique de la proposition prise comme échange d'information est l'indicatif [1], [4]; et iii) dans la catégorie indicatif, l'expression typique d'une affirmation est le type déclaratif [1], celle de la question est le type interrogatif [4]. Ces caractéristiques et d'autres qui servent à les compléter peuvent être présentées (5.2d) comme suit : i) la présence de l'élément MODE, qui se manifeste par SUJET + MODE fini, constitue la réalisation du mode indicatif; ii) au mode indicatif : a) l'ordre SUJET devant L'ÉLÉMENT fini sert à la réalisation de la proposition déclarative; b) l'ordre éLéMENT fini devant le SUJET sert à la réalisation de la proposition interrogative; c) pour les interrogatives commençant par Qu- (Qui, Quoi) : le SUJET est devant L'ÉLÉMENT fini si le Qu- joue le rôle de SUJET et l'ÉLÉMENT fini est devant le pronom SUJET dans les autres cas (Que, À qui, De qui, Comment -- quomodo --, etc.).
Avec la question Que, la construction diffère : Qu'a-t-il donné? ou Qu'a donné le duc? Qu'est-ce que le duc a donné? C'est le résidu qui devient le thème.
Pourquoi ces deux groupes, celui du SUJET et celui du VERBE compte tenu de son ÉLÉMENT fini prennent-ils une telle importance dans la proposition française?
L'ÉLÉMENT FINI dans le GROUPE sert à la production d'une proposition qui est à mode fini -- mode personnel -- et cela la rattache à son contexte dans l'événement langagier. C'est la référence au maintenant[4] de la situation -- le nunc --, elle se fait par deux voies : celle du temps du discours -- passé, présent ou futur -- et celle qui est en rapport avec le jugement du locuteur. Ceci s'effectue par les temps du mode indicatif et par les modalités du verbe. Quand L'ÉLÉMENT FINI est un élément qui n'est pas intégré au verbe, il est exprimé au moyen d'un opérateur (5.2e) qui est soit temporel, soit modal.

S'ajoute à ces opérateurs une autre caractéristique qui accompagne nécessairement le mode fini, c'est le fait que chaque fois qu'une proposition est utilisée pour des fins d'argumentation, elle est ou affirmative ou négative. Il s'agit des deux pôles de la proposition et les marques de la polarité accompagnent le verbe et plus précisément L'ÉLÉMENT fini quand il n'est pas intégré. Tous les opérateurs peuvent porter la marque affirmative -- c'est la marque zéro -- ou la marque négative -- n'ai pas, ne donne plus, n'aura point, ne pourrais jamais, ne dois pas.
Si le constituant verbal qui caractérise la proposition prise comme échange est L'ÉLÉMENT FINI, le constituant nominal qui la caractérise est cette entité en raison de laquelle ce qui est affirmé ou nié est proclamé pour que la proposition soit un succès ou un échec. Il est plus facile de comprendre ce principe de la responsabilité de l'argumentation en prenant une proposition de biens et services dans laquelle le SUJET spécifie celui qui porte la responsabilité de la réalisation de l'offre ou de la commande. Dans l'offre : Est-ce que je vais ouvrir la porte? Le SUJET je est celui qui porte la responsabilité et, dans cette situation, SUJET et ACTEUR représentent la même personne. Ce n'est pas toujours le cas.
Quelques commentaires s'imposent. Les propositions interrogatives ont une construction qui leur est particulière dans beaucoup de cas, elles imposent la reprise du SUJET dans sa forme pronominalisée. La proposition [2] contient un ÉLÉMENT fini complexe : elle renferme un opérateur temporel a et un opérateur modal fait (5.2e). L'étalement se fait bien dans la proposition déclarative, mais il impose, dans la proposition interrogative, une fracture de L'ÉLÉMENT fini (5.2e : est, fait) en ne permettant de ne retenir que l'opérateur temporel dans un premier temps.
De plus, ces exemples démontrent que l'analyse de la fonction
du groupe comporte des changements à ce plan. Ainsi, le duc,
qui est l'ACTEUR et le SUJET en [1], est relégué à
l'état de RÉSIDU en [2] même s'il conserve toujours son
rôle d'ACTEUR.
5.3 La proposition prise comme représentation
Le troisième aspect dans la configuration des significations porte sur la macrofonction textuelle; la signification de la proposition est considérée comme la représentation d'un PROCÈS, comme le patron qui représente une expérience. C'est de cette façon dont on parle habituellement des mots et des phrases, quand on se demande ce qu'ils veulent dire. Le langage a cette propriété de pouvoir bâtir des images mentales à partir de la réalité, de transformer en idées ce qui se passe en dehors et au dedans de soi.
La proposition représente le PROCÈS. Celui-ci est au coeur de toute activité humaine, qu'il s'agisse d'action, d'événement, d'émotion ou d'existence. Ces activités, ainsi classées à partir du système sémantique du langage, deviennent chose[5] exprimée au travers de la grammaire de la proposition.
En même temps que la proposition évolue en développant l'aspect actif et interpersonnel de la signification en relation avec la fonction du mode, est impliquée une autre fonction qui est l'expression de l'aspect réflexif et expérientiel de la signification. C'est le système de la transitivité qui favorise la reconnaissance des différents types de PROCÈS auxquels l'usager du langage fait appel. Les structures s'ajustent aux besoins d'expression. Le cadre conceptuel de base exploité pour rendre compte des PROCÈS est simple. Il y a trois composantes possibles qui servent afin de fournir le cadre de référence pour interpréter les expériences humaines découlant de la variété des activités disponibles. Le PROCÈS lui-même est la première de ces composantes; il est accompagné des PARTICIPANTS au PROCÈS et des CIRCONSTANCES qui y sont associées. Cette modélisation de la proposition qui est liée au partage des mots en classes, celle du nom et celle du verbe principalement, nous apparaît être quelque chose d'universel dans les langues humaines. Voici comment peut se présenter cet arrangement (5.3a) et comment un exemple peut nous permettre de mieux comprendre (Figure 5.3b).
La capacité de reconnaître la classe de chaque GROUPE facilite la segmentation de la proposition en GROUPES. Cela se fait autour des GROUPES nominaux, verbaux, adverbiaux et prépositionnels.
Les termes PROCÈS, PARTICIPANT et CIRCONSTANCES sont des catégories sémantiques qui permettent d'expliquer de façon générale comment les phénomènes du monde réel sont représentés comme des structures linguistiques. Pour expliquer l'ensemble des propositions qui font que le langage puisse exprimer toutes les formes de l'activité humaine, ces trois termes ou d'autres qui en dérivent vont contribuer à expliquer les différents types de PROCÈS et leurs liens avec les PARTICIPANTS auxquels ils sont associés lors de la production de la structure textuelle.
5.4 Les classes de PROCÈS
Classes de procès : procès dits matériels, mentaux et attributifs.
Les classes de PROCÈS sont nombreuses. Nous allons limiter les explications qui suivent aux classes des PROCÈS dits matériels, mentaux et attributifs. Pour faciliter la compréhension des termes qui sont utilisés dans la théorie de la proposition considérée comme représentation du PROCÉS, il convient de commencer par le concept d'ACTEUR, cette fonction du GROUPE qui, dans la terminologie de la grammaire scolaire classique, est appelé SUJET logique. Il veut dire celui qui fait l'action. Et dans les deux propositions suivantes [7], [8], c'est LE CHAT qui est l'ACTEUR.
[7] LE CHAT mange la souris.
[8] La souris est mangée par LE CHAT
ACTEUR est un élément logique qui a une fonction dans la structure de la transitivité. En linguistique occidentale, la façon de voir la transitivité est la suivante : i) chaque PROCÈS a un ACTEUR; ii) chaque PROCÈS, mais pas tous les PROCÈS, a aussi un deuxième participant qui s'appelle le BUT. Voici deux exemples qui contiennent des propositions dont l'une a un PARTICIPANT et l'autre, deux.
5.4.1 Le PROCÈS MATéRIEL
Les deux propositions données en exemples en 5.4a, impliquent que le lion a fait quelque chose. Mais dans la proposition à deux PARTICIPANTS, ce qu'il a fait est dirigé vers le touriste ou encore a pris de l'extension jusqu'à se projeter sur lui. Le terme BUT implique donc << dirigé vers >>. Il y a plusieurs propositions en français ayant une construction qui requiert des PARTICIPANTS de ce type : soit un ACTEUR de façon obligatoire, et un BUT de façon facultative. Cette classe de PROCèS prend le nom de PROCÈS MATÉRIEL: il sert à exprimer la notion de l'entité faisant une action; et cette action est faite << vers >> une autre entité. La représentation peut prendre la forme active [7] ou passive [8]. Dans Le chat mange la souris, le BUT -- la souris -- devient le SUJET grammatical dans La souris est mangée par le chat, ce n'est plus l'ACTEUR. Cela amène la formulation de la question : Qu'arrive-t-il à la souris? au lieu de : Que fait le chat? lorsque c'est l'ACTEUR qui est le SUJET.
Pour analyser des PROCÈS qui expriment des actions concrètes, comme a attrapé, mange, ou des actions plus abstraites (5.4.1b) comme démissionner ou dissoudre, le PROCÈS MATÉRIEL et ses PARTICIPANTS conviennent à la structure sémantique de la proposition. Les PARTICIPANTS sont des choses, non des faits.
Cependant lorsque le PROCÈS devient abstrait, comme c'est le
cas lorsqu'il faut exprimer des phénomènes du type
connaître, aimer, les termes ACTEUR et BUT ne conviennent plus.
C'est l'étendue de l'activité humaine qui nous pousse à
reconnaître qu'il y a plus d'une sorte de PROCÈS et la fonction
assumée par chaque PARTICIPANT est alors déterminée
par le type de PROCÈS impliqué.
5.4.2 Le PROCÈS MENTAL
Des propositions qui expriment des sentiments, la connaissance et la perception sensorielle sont rangées sous le type propositions à PROCÈS MENTAUX parce qu'il y a toujours un des PARTICIPANTS qui est un être humain. Les termes pour les identifier sont SENSEUR -- l'être conscient aux plans sensoriel, cognitif et affectif -- et PHÉNOMÈNE -- le fait perçu. Un exemple de chaque plan va aider à comprendre l'organisation de la structure textuelle pour ce type de PROCÈS.

5.4.3 Le PROCÈS RELATIONNEL
Jusqu'ici il a été question des PROCÈS MATÉRIELS dont la fonction est d'exprimer des actions, et des PROCÈS MENTAUX au travers desquels la personne manifeste ses perceptions sensorielles, affectives et cognitives. La troisième grande catégorie de PROCÈS est celle des PROCÈS RELATIONNELS, c'est-à-dire ceux qui expriment l'existence. Deux exemples vont aider à comprendre ce type de PROCÈS :
[9] Sarah est sage. [10] Samuel est le capitaine.
Il s'agit de deux types de PROCÈS RELATIONNEL que les structures textuelles du français exploitent. En [9], le PROCÈS est, qui peut être nommé PROCÈS ATTRIBUTIF, est accompagné de deux GROUPES dont l'un est appelé le PORTEUR et l'autre, l'ATTRIBUT. L'ATTRIBUT est imputé à une entité, c'est souvent une qualité.
L'exemple [10] est différent car le fait que ce soit un PROCÈS D'IDENTIFICATION qui exprime la réalité dont on veut parler entraîne la réversibilité des GROUPES qui accompagnent ce PROCÈS alors que ce n'est pas le cas avec le PROCÈS ATTRIBUTIF. Ainsi, Samuel est le capitaine. aurait pu être formulé Le capitaine est Samuel. Le mode d'identification est celui qui fait qu'une entité est employée pour en identifier une autre; la relation entre ces deux entités en est une de valeur -- signification, référent, fonction, rôle -- et de signe extérieur -- occurrence : signe, nom, occupant, etc.
Plusieurs autres types de PROCÈS peuvent s'ajouter aux trois catégories décrites ci-dessus. Il est intéressant de faire mention du PROCÈS EXISTENTIEL en terminant ce chapitre. Ce dernier représente ce qui existe ou ce qui arrive. Les exemples qui suivent illustrent cette manière d'exprimer l'existence d'un événement, d'un objet, d'une personne; ceux-ci sont englobés sous le terme les EXISTANTS.
Procès existentiel : existants
Comme nous venons de l'observer, chaque configuration PROCèS PARTICIPANTS est particulière selon qu'elle s'ajuste au type de PROCÈS. Les CIRCONSTANCES qui s'ajoutent constituent une autre catégorie de constituants dont la présentation détaillée ne sera pas effectuée dans le cadre de cet ouvrage. Des explications complémentaires à la transitivité amèneraient d'autres distinctions éclairantes à propos de l'association du PROCÈS avec un des PARTICIPANTS; il devient le MÉDIUM à travers lequel le PROCÈS est actualisé. Un autre PARTICIPANT pourrait s'ajouter, l'AGENT, qui fait en sorte que le PROCÈS est perçu comme étant engendré de l'extérieur. C'est la différence entre : Le bébé s'assoit : bébé est le MéDIUM et Jean assoit le bébé: Jean est l'AGENT. Le point de vue de la causalité est une autre dimension qui devrait être analysée avec attention : il y a lieu de se demander si le PROCÈS est engagé par un des PARTICIPANTS ou non... s'il s'agit d'une proposition dont le modèle est ergatif?
Exercices du chapitre 5
Section 5.1
Lié à la macrofonction idéationnelle qui pousse l'analyseur de texte à recevoir la proposition comme un message, le sujet psychologique, appelé thème, est l'attache que le langage garde avec l'expérience vécue. Comme point de départ de la proposition, le locuteur ou le scripteur amorce ce qu'il veut dire en posant d'abord ce qui fait l'objet du message, puis il ajoute la partie restante de la proposition.
Comment l'organisation thématique de la proposition révèle-t-elle la méthode de développement d'un texte? En le soulignant ou en le marquant, identifiez chaque thème qui sert d'amorce à chaque proposition du texte qui suit. Puis vous vous servez de ces groupes qui amorcent les propositions pour montrer comment le scripteur à transmis ce message en invitant son lecteur à tenir compte de cet ancrage du message dans la structure thématique.
Texte à analyser
Ces paroles de Renard poussent le corbeau Ticelin à chanter. Des sons graves et criards ont fait se dresser les plumes noires du volatile. Renard pense au fromage. Ticelin va-t-il l'oublier en chantant? L'oiseau croasse en virtuose. Le fromage roule aux pieds de l'animal rusé. Cet affamé s'enfuit sans remords.
Que vous révèle la structure thématique à propos de la composition du texte? Y a-t-il dans ce découpage de la texture quelque chose qui dévoile la manière dont le message est organisé?
Section 5.2
Logé à l'enseigne de la macrofonction interpersonnelle, la proposition prise comme échange est construite à partir des arrangements particuliers du Groupe Sujet et du Procès. expliquez à votre façon pourquoi les propositions qui suivent peuvent être rattachées à l'une ou l'autre des quatre fonctions de base du discours -- l'offre, la commande, la déclaration et la question?
[1] Tu veux cette belle rose blanche !
[2] Je veux prendre celle-ci, donne-la-moi.
[3] Je préfère les marguerites.As-tu voulu prendre ce bouquet de fleurs sauvages?
[4] As-tu voulu prendre ce bouquet de fleurs sauvages?
Section 5.3
La macrofonction textuelle fait porter par la proposition la fonction de représentation. La proposition représente le PROCÈS; celui-ci est au coeur de toute activité humaine. En vous référant aux figures 5.4a, 5.4b, 5.4c, 5.4d et 5.4e, attribuez le type de PROCÈS qui convient au GROUPE verbe des phrases qui suivent. Repérez les autres constituants de la proposition et placez ces éléments de la proposition dans le voisinage du PROCÈS à la manière des exemples présentés dans les figures citées ci-dessus.
[1] Le Président a formé ce groupe de travail.
[2] Le chien a mordu le garçon du voisin.
[3] Je déteste les cris de ces moineaux.
[4] Jean Chrétien est le Premier Ministre.
Lectures complémentaires
PROCèS
COURT, G. La grammaire nouvelle à l'école, Paris, PUL, 1968, p. 41-50.
BENVENISTE, E. Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, 1966, p. 152-156.
Références
DAMOURETTE, J et PICHON, E. Des mots à la pensée : Essai de grammaire de la langue française, Paris, Éditions D'Artrey.
HALLIDAY, M.A.K. An Introduction to Functional Grammar, London, Edward Arnold, 1985.
RUWET, N. Introduction à la grammaire générative, Paris, Plon, 1967.