Tiré ;de Langue française, vision systémique
Application à; la langue française de la théorie
de M.A.K. Halliday et de R. Hasan
par Gilles Lemire
pitre 6
Chapitre 4
La phrase : rang d'analyse et modélisation
4. Organisation de la phrase et proposition
La phrase est reconnue comme l'unité d'analyse du texte qui couvre la plus grande étendue. Elle englobe toutes les autres unités, elle est donc habituellement formée d'un complexe d'unités de taille plus fine. Dans les cas où la phrase est limitée à la proposition, la grammaire scolaire classique l'appelle la phrase simple. Confondue avec la proposition, la phrase simple tire les explications touchant sa structure des groupes qui sont ses constituants; ceux-ci sont identifiables par leurs fonctions. Pour placer les phrases dans leur système de classes, il est important de reconnaître la forme de leur structure.
L'organisation des structures grammaticales du texte et celle de la configuration de significations constituent le principal travail de l'analyseur du langage. Il scrute les démarches des usagers pour voir comment ils règlent leurs stratégies de communication. Comme le linguiste, il cherche à expliquer le fonctionnement du langage humain, il observe les productions textuelles. Il est toutefois confondant, dans l'optique de la grammaire scolaire classique, que la proposition soit tantôt considérée comme élément constitutif de la phrase bien qu'elle recouvre les mêmes dimensions que la phrase simple.
4.1 Phrase et proposition
Il arrive fréquemment que les limites marquées de la phrase -- la majuscule du début et le point de la fin -- incluent plus d'une structure de proposition, la grammaire scolaire donne à ce fragment de texte le nom de phrase complexe. Envisagé du point de vue des systémistes, il est préférable d'y percevoir un complexe de propositions qui serviraient à fournir les explications touchant l'organisation de la phrase. Et cela, à la manière du groupe de mots qui a un mot de tête auquel s'ajoute un mot ou d'autres mots, à titre d'expansion vers l'extérieur. Ces mots ont pour fonction de modifier la signification du mot de tête.
Ainsi dans le fragment de texte : la fleur des champs, la schématisation manifeste l'organisation de la structure textuelle en mettant en relief les fonctions appelées tête -- la fleur -- et modificateur -- des champs (4.1a).
La phrase à plus d'une proposition peut être schématisée de la même façon. Il y a la proposition de tête[1] et celle qui la modifie.
Cette répétition des modèles de base d'une unité à l'autre, TêTE-MODIFICATEUR, fait penser qu'il y a des modèles primitifs[2] communs aux unités quel que soit leur rang.
4.2 Phrases et modélisation : classes de phrases
Pour faire ressortir les bases de la modélisation linguistique, il faut mettre en évidence le contraste qu'il y a entre les concepts d'identité et de ressemblance. Certaines répétitions sont identiques, mais un plus grand nombre d'entre elles sont semblables. Ces deux concepts sont interdépendants : ils sont essentiellement relationnels dans les deux sens : ils sont réflexifs. D'abord la notion de ce qui est identique implique celle de ce qui est différent ou opposé : deux choses peuvent être dites identiques parce qu'il existe la possibilité d'en trouver qui sont différentes. Comme exemples, prenons les phrases simples ou les propositions qui appartiennent à la classe des propositions dites déclaratives[3].
Ce serait sans utilité de les comparer entre elles parce qu'elles sont déclaratives. L'observation de ce qui se répète est utile dans les seuls cas où quelque chose d'autre est possible. Il va de soi ensuite qu'identique et différent sont relationnels parce que les expressions identique à et différent de font appel à deux termes. Voilà une réflexion qui va éclairer un fait fondamental : les patrons que nous avons à observer sont de vrais modèles qui sont formés à partir de modèles. Le langage lui-même est une activité modélisée. Quand nous disons qu'une unité A est la répétition d'une unité B, nous disons qu'elles forment une structure parallèle et nous portons attention à des modèles plus grands formés à partir d'autres modèles plus petits reconnaissables. La taille des modèles n'est pas importante, mais la pertinence qui, elle, est de première importance tient au fait de leur fonction dans l'analyse du discours, parce que le discours est fabriqué par des procédés de modélisation des patrons.
En guise d'illustration, voici le texte tiré d'une interview, il comporte de nombreux patrons de phrases interrogatives et de phrases déclaratives, c'est un genre de texte qui convient bien pour montrer comment la modélisation de ces structures met en relief l'identité ou la similitude des unités exploitées.
Dans le cas des phrases impératives, les textes contenant les recommandations à suivre pour préparer des mets particuliers à partir de recettes deviennent le lieu où des patrons de cette classe de phrases se retrouvent modélisés à plusieurs exemplaires. En s'inspirant d'un texte provenant d'une comptine, les explications qui suivent deviennent un prolongement de la théorie menant à la mise en relief des classes de phrases par la découverte de ce qui est modélisable.
Inspiré d'une comptine portant sur le travail du buandier 4.2a
1. Peux-tu laver ma chemisette?
2. Peux-tu la laver propre?
3. Peux-tu laver ma chemisette?
4. Et la blanchir à la main?
5. Oui je peux laver ta chemisette,
6. Et je peux la laver propre.
7. Je peux laver ta chemisette.
8. Et l' envoyer dès demain.
Adaptation en français : Gilles Lemire;
tiré de Ruqaiya Hasan. Linguistics, language and verbal
art, Oxford University Press, p. 15 .
Chaque ligne comprend une proposition; l'analyse s'effectue ligne par ligne. On se rend compte tout de suite que les lignes 1 et 2 possèdent à la fois des ressemblances et des différences. Au plan du mode, la structure des deux propositions est marquée par un ordre particulier plaçant d'abord le modal, puis le sujet, et le prédicat suit immédiatement; cet ordre est propre à la phrase interrogative et il indique nettement que l'usager du langage a voulu donner la modalité interrogative à la phrase. Les deux premiers mots des deux premières propositions qui constituent la première phrase complexe sont de nature identique et ils ont la composition propre à la phrase interrogative du type polaire[4].
1. Peux-tu laver ma chemisette?
2. Peux-tu la laver propre?
La ligne 5 qui donne la première proposition constituant la réponse commence par Oui.
5. Oui je peux laver ta chemisette,
6. Et je peux la laver propre.
Dès le troisième groupe, les propositions diffèrent, le pronom la, qui est en coréférence à ma chemisette, s'ajoute. Voilà une première différence; elle est propre à l'usage des mots substituts plutôt qu'à la structure de la phrase interrogative. Puis un deuxième élément s'ajoute à la structure du verbe de la ligne 2, cet élément s'ajuste aux exigences du PROCèS. Arrive ensuite la proposition de la ligne 4, elle ne porte que des différences par rapport aux propositions 1 et 3; en effet un lien de coordination -- Et -- la lie à la précédente, le modal et le sujet sont absents -- le mode est elliptique -- et puis ma chemisette, le but, est rappelée par l'emploi du pronom -- la -- qui se place immédiatement devant le verbe; enfin, se pose un groupe prépositionnel, appelé adjoint -- à la main --, il clôt la deuxième proposition de la deuxième phrase. Cette partie de la comptine contient diverses formulations de la phrase à
En parallèle, la seconde partie de ce texte présente la réponse, l'interviewé affirme ce qu'il peut faire, il le déclare. Ces phrases sont à mode déclaratif. La construction propre à ce mode amène l'usager à énoncer le sujet suivi du modal -- je peux.
Questions Réponses
Ligne 1 Peux-tu laver ma chemisette ? Ligne 5 Oui, je peux laver ta chemisette.
Ligne 2 Peux-tu la laver propre ? Ligne 6 Et je peux la laver propre.
Les lignes 5 et 6 confirment point pour point les composantes de la question formulée aux lignes 1 et 2 -- Oui, et elle sera propre. Il y a de plus emploi du pronom la marquant la co-référence. Des liens de coordination -- Et -- précèdent la deuxième proposition de chaque partie de la réponse aux lignes 6 et 8. Dans la formulation de la réponse, c'est la dernière ligne qui comporte le plus de différences et elle est en concordance avec la dernière ligne de formulation des questions, ces différences sont identiques à celles de la ligne 4 :
Ligne 4 Et la blanchir à la main Ligne 6 Et l 'envoyer dès demain
la marque de coordination -- Et; la suppression du sujet -- je -- et de l'auxiliaire -- peux -- qui sont les indications propres au mode déclaratif; le pronom co-référentielle -- la; et l'ajout d'un groupe jouant la fonction d'adjoint -- dès demain. Pour résumer les similitudes et les oppositions qui affectent les deux portions de la comptine, la construction de la figure 4.2b contribue à faire la synthèse de ces traits propres aux deux classes de phrases. Les signes suivants vont permettre de localiser l'information abondante contenue dans la figure[5].
= veut dire identique; # veut dire opposé;
x veut dire différent; + veut dire cohésion.
4.3 Cadre théorique de nature fonctionnelle et phrase complexe
La phrase est un complexe de propositions. Les relations entre ces
propositions peuvent être interprétées en observant la
composition logique mise en évidence par tout système linguistique
construit afin d'en rendre compte. La logique du langage naturel contribue
à la mise en place des relations de nature sémantique et
fonctionnelle, dont les deux dimensions débouchant sur leur
interprétation sont : i) le système d'interdépendance
-- système tactique -- qui s'applique d'ailleurs à
tous les complexes
-- mot, groupe, proposition -- et ii) le système
logico-sémantique d'expansion et de projection, qui explique
particulièrement les relations interpropositionnelles. Les relations
interpropositionnelles sont des relations entre PROCÈS, elles sont
exprimées en grammaire par des complexes de propositions. L'unité
qui porte cette organisation à l'écrit est la phrase. En fait,
dans l'analyse d'un texte écrit, toute phrase peut être
considérée comme un complexe de propositions, y compris la
phrase simple qui a une proposition, elle est prise comme cas limite. Pour
ce qui est du texte parlé, la définition et la délimitation
des propositions complexes demeurent des structures analysables de la même
manière pour autant que le texte parlé soit près du
français écrit.
4.3.1 Types de relations entre les propositions et
modifications
Si l'ordre des propositions devient l'objet de nos observations, trois types d'organisation des propositions se dégagent du texte. C'est en reprenant le modèle de construction -- TêTE et MODIFICATEUR -- que nous allons démontrer que les propositions, ces unités du texte, sont explicables à partir du même schéma de base. Le complexe de propositions est offert à notre réflexion à partir des modifications qui l'affectent. Trois variations de l'ordre des constituants de la phrase complexe vont faire l'objet des considérations qui suivent. Il s'agit du résultat obtenu après que l'usage d'un modificateur ait permis de préciser la signification de la proposition de tête -- cela a pu se faire : i) par progression, ii) par enchâssement ou iii) par régression interne.
Modification par progression
L'organisation des propositions dans le complexe de propositions ou dans la phrase fait ressortir une relation d'ordre qui distingue les phrases. Cet ordre est établi en exploitant les fonctions TêTE et MODIFICATEUR. À partir de la structure de base qui est considérée comme normale : T + M, les phrases se construisent; par le même biais, les explications portant sur la complexité de la phrase en dérivent. Voici deux exemples qui montrent comment les structures de la phrase peuvent être organisées de cette manière.
Cette modification par progression est de composition simple, mais il arrive souvent que la composition soit complexe et alors les modifications s'enchaînent aussi par progression.
La phrase présentée dans l'exemple 4.3.1b contient quatre propositions. L'intérêt de cette démarche, qui sert à expliquer la composition de ce fragment de texte, repose en partie sur le fait qu'elle met en relief les rapports de dépendance de ces propositions. Elles ne dépendent pas toutes de la première; au plan du sens, elles découlent l'une de l'autre : [[beta]] de [[alpha]], [[gamma]] de [[beta]] et d de [[gamma]]. Seul le premier modificateur exerce sa fonction sur la tête; les autres modifications sont en cascade.
Modification par enchâssement
Le deuxième type de modification est celui de la composition des phrases qui exploitent l'enchâssement. Les variations de ce type sont nombreuses et la capacité de l'usager du langage peut en étendre largement la gamme. Appliquée à la phrase ou au groupe, cette propriété générale d'enchâssement est enrichie ou améliorée afin de rendre compte des relations qui s'établissent au sein du complexe de propositions. Les propositions qui sont dépendantes trouvent leur point d'attache à des places diverses. En voici un exemple parmi d'autres.
Mais l'ordre des deux blocs [[alpha]] et [[beta]] pourrait être inversé et nous aurions :
La phrase qui comporte une modification par enchâssement contient cinq propositions. L'explication de la composition repose en partie sur le fait qu'elle met en relief le rapport de dépendance d'une structure à double niveau : il y a les deux modificateurs de la tête au sein de la proposition de tête et le modificateur qui modifie un autre modificateur jouant, à son tour, le rôle de tête. D'autre part, l'ordre de ces deux composantes peut être inversé.
Modification par régression
L'inversion produit un changement d'ordre dans la structure et elle donne de l'importance à la portion de la phrase qui sert d'amorce au message.
Pour faire le point sur le cheminement qui a été accompli
jusqu'ici, rappelons que l'élément apportant la modification
est dépendant de celui qui est modifié. Ce n'est pas la seule
relation qui subsiste entre les membres du complexe, car là où
un élément en modifie un autre, le statut de ces deux
éléments devient inégal; celui qui véhicule la
modification n'est pas sur un pied d'égalité avec celui qui
la reçoit.
4.3.2 Système d'interdépendance ou système tactique
Il peut y avoir en effet certains couples d'éléments qui sont mis en relation et qui demeurent sur le même pied : aucun des éléments formant le couple ne devient dépendant de l'autre. Rappelons qu'il y a deux rapports entre des propositions qui entraînent deux ordres de relations appelés : d'une part, l'hypotaxe, il s'agit de la relation hypotactique qui entraîne au sein du complexe de propositions une dépendance de type dominant-dominé; et, d'autre part à l'opposé, la parataxe, cette relation entre deux éléments semblables de statut égal : l'une des propositions commence la phrase et l'autre la continue.
Les structures du langage, quel que soit leur rang, sont paratactiques ou hypotactiques et souvent une combinaison des deux à la fois. La phrase complexe ou le complexe de propositions comporte des relations de ces deux ordres. Dans les exemples qui sont donnés à titre d'explications, les structures hypotactiques seront représentées par les lettres grecques comme nous l'avons fait dans les exemples présentés dans la section portant sur la modification; les structures paratactiques, d'autre part, le seront par des chiffres arabes. Comme phrase complexe type, en voici une dont la composition comprend une combinaison de structures paratactiques et hypotactiques avec enchâssement.
La phrase complexe comprend trois propositions. Les propositions paratactiques la partagent en deux. Ces propositions se distinguent en ce que le groupe de propositions << Je pourrais si je voulais >> sont en position initiale et la proposition << mais je ne veux pas >>, qui s'inscrit dans la continuité du premier groupe, occupe la position finale[6].
Il est utile de faire référence à ces propositions interreliées par paire, qu'elles soient en parataxe ou en hypotaxe, et de leur attribuer l'étiquette de proposition primaire[7] et de proposition secondaire.
Dans le premier membre, les deux propositions sont en relation hypotactique et des rapports de dominant/dominé sont créés. La proposition dominée renferme en elle-même la conjonction qui la subordonne -si. La grammaire scolaire appelle d'ailleurs ce mot une conjonction de subordination. De son côté la parataxe s'exerce dans la phrase complexe donnée en exemple en la partageant en deux membres, celui qui commence -- Je pourrais, si je voulais, -- et celui qui contient la proposition finale -- mais je ne veux pas. Pour les propositions paratactiques, il arrive la plupart du temps que la proposition initiale ne soit pas marquée par le mot qui indique le rapport de parataxe -- la grammaire scolaire donne à ce mot le nom de conjonction de coordination -- et la proposition ou les propositions complémentaires le portent. Dans l'exemple schématisé ci-dessus, la marque de parataxe est le mais qui débute le deuxième membre de la phrase complexe : mais je ne veux pas. Le tableau qui suit présente le résumé des explications en rapport avec la phrase complexe donnée en exemple.
Propositions primaires et secondaires 4.3.2a
primaires secondaires parataxe 1 : proposition initiale 2 : proposition finale hypotaxe [[alpha]] : proposition [[beta]] : proposition dominante dépendante Application au français et modification : Gilles Lemire;
tiré de M.A.K. Halliday. An Introduction to Functional Grammar, p. 195.
4.3.3 Phrase et système logico-sémantique
Le champ des relations logico-sémantiques qui prend place entre le membre primaire et le membre secondaire de la phrase complexe occupe une vaste étendue. Il est toutefois possible de grouper ces relations en un nombre restreint de types qui sont fondés sur deux relations fondamentales, celle d'expansion et celle de projection. La première, la relation d'expansion, est formée d'une proposition secondaire qui contribue à étendre la proposition primaire en jouant la fonction de proposition de tête; cela peut se produire en donnant une élaboration plus grande à la signification véhiculée par la proposition primaire ou en lui donnant de l'extension, ou encore un accroissement au sens. La deuxième relation, celle qui est appelée relation de projection, est formée d'une proposition secondaire dont l'idée exprimée est projetée à partir d'une proposition primaire -- comme une image peut être projetée sur un mur -- et elle est saisie à l'état d'expression ou d'idée.
Sous-catégories d'expansion et de projection 4.3.2b
Expansion élaboration = égale extension + est ajouté à accroissement x est multiplié par Projection expression " guillemet double idée ' guillemet simple
À ces deux catégories générales d'expansion et de projection, un petit nombre de sous-catégories -- trois relations d'expansion et deux relations de projection -- peuvent être retenues en tout premier lieu. La notation particulière présentée dans le tableau 4.3.2b permet d'attribuer à chacune d'elles un symbole. Celui-ci se combine au symbole déjà proposé pour la parataxe ou pour l'hypotaxe.
Il est bon de donner une courte définition de chacune de ces sous-catégories.
Sous-catégories et définitions 4.3..2c
Expansion élaboration Une proposition en rend une autre plus étendue en l'élaborant ou en l'énonçant autrement, en donnant des détails plus spécifiques, en faisant des commentaires ou en donnant des exemples. extension Une proposition en rend une autre plus étendue en lui donnant plus d'étendue à partir d'elle-même : soit en lui ajoutant de nouveaux éléments, en proposant une exception par rapport à elle-même, ou en offrant une alternative. accroissement Une proposition en rend une autre plus étendue en l'embellissant : en lui donnant des qualités en rapport avec les circonstances de temps, de lieu, de cause et de condition. Projection expression Une proposition est projetée à travers une autre qui la présente comme une expression, une construction découlant de la mise en mots. idée Une proposition est projetée à travers une autre qui la présente comme une idée, une construction de sens.
Voici un exemple de chacune de ces sous-catégories. Cela va rendre plus sensibles les distinctions qu'il faut faire afin de saisir la portée de ces classes.
Catégories, sous-catégories et exemples 4.3.2d
i) paratactique ii) hypotactique Expansion a) élaboration Jean n'a pas attendu 1 S'en est allé Jean il est parti. =2 [[alpha]] qui a surpris tout le monde =[[beta]] b) extension Jean est parti, 1 et Jean est parti [[alpha]] Frédéric est resté là +2 alors que Frédéric est resté là. +[[beta]] c) accroissement Jean a eu peur 1 aussi Jean a fui [[alpha]] parce il a fui. x 2 qu'il a eu peur. x[[beta]] Projection a) expression Jean dit : 1 << J'ai Jean dit [[alpha]] qu'il fui. >> "2 a fui." [[beta]] b) idée Jean pensait en Jean pensait [[alpha]] lui-même : 1 << J'ai qu'il a fui. '[[beta]] fui. >> "2
Dans la relation paratactique, il n'y a que l'ordre 1 [[logicaland]] 2 qui est possible parce que le fait de savoir laquelle des deux est la proposition primaire relève de ce qu'elle se présente en premier lieu. Cependant l'ordre des propositions dans la relation hypotactique, qu'elles soient primaires ou secondaires, peut être ou [[alpha]] [[logicaland]] [[beta]] ou [[beta]] [[logicaland]] [[alpha]]. Mais la proposition secondaire est toujours celle qui est dépendante, qu'elle soit en expansion ou en projection.
Les propositions dépendantes sont construites autour d'un verbe qui est soit à mode personnel ou mode fini ou défini[8] -- indicatif, subjonctif, conditionnel, impératif --, soit à mode impersonnel ou mode indéfini -- participe, infinitif -- alors que les propositions dominantes ont un verbe qui ne peut être qu'à mode personnel. Par extension, on retrouve l'expression formes finies du verbe.
Cette présentation synthétique des relations liant les propositions qui constituent les phrases complexes donne une idée de la variété des modèles. Les relations paratactiques et hypotactiques sont obligatoirement présentes dès qu'il y a un couple de propositions dans la phrase. Si l'on ajoute les relations logico-sémantiques qui jettent de la lumière sur les rapports de signification que les propositions primaires et secondaires entretiennent entre elles, nous avons une meilleure idée de la signification véhiculée par le complexe de propositions et de l'orientation que prend l'analyse du texte dans le cadre de l'approche systémique[9].
Exercices du chapitre 4
Section 4.1
Le schéma TêTE-MODIFICATEUR peut être appliqué à des structures du rang GROUPE et à celles du rang PROPOSITION. En vous inspirant des figures 4.1a et 4.1b, faites l'analyse de quatre fragments de texte qui vous obligent à exploiter le schéma TêTE-MODIFICATEUR pour rendre compte de la composition d'un groupe nominal et d'un complexe de propositions.
Notez que vous êtes invité à choisir des fragments
de texte qui ressemblent à ceux qui sont utilisés dans les
figures 4.1a et 4.1b de façon à ne pas vous confronter à
des difficultés auxquelles vous ne pourriez peut-être pas faire
face à ce stade-ci de votre cheminement.
Section 4.2
Les classes de phrases portent des traits qui les différencient. Dans les échanges verbaux de type poétique --- les comptines par exemple --, le fait de jouer avec ces éléments donne même de l'allure et du rythme au texte.
Comme imitation de la comptine proposée en 4.2a (p. 50), nous vous avons écrit un texte : vous êtes invité à faire le relevé des ressemblances et des différences qu'il porte : entre autres, celles qui caractérisent le mode interrogatif et le mode déclaratif; celles qui manifestent les emplois de la pronominalisation -- la coréférence; celles qui établissent des oppositions entre les parties du texte.
Veux-tu me chanter ta ballade?
Veux-tu me la raconter?
Je la vis ta ballade.
Oui, je veux y rêver.
Sections 4.3.1
L'organisation des propositions est associée à l'ordre que les propositions TêTES et les propositions MODIFICATEURS prennent : cela les rattache même à des modèles de construction. Ceux-ci conduisent l'analyseur du langage à reconnaître trois variations de l'ordre des constituants de la phrase, selon que la modification en soit une par progression, par enchâssement ou par régression interne.
En vous inspirant des figures 4.3.1a, 4.3.1b, 4.3.1d, 4.3.1e, faites le schéma des complexes de propositions qui suivent. Vous produisez la visualisation de chaque schéma (4.3.1c, 4.3.1f, 4.3.1g).
Phrases complexes ou complexes de propositions à analyser :
[1] Quand on court après la fortune,
on risque de perdre l'amour.
[2] Les rendez-vous que l'on cesse d'attendre
existent-ils dans quelque autre univers
où vont aussi les mots
qu'on n'a pas pris le temps d'entendre?
[3] Garderez-vous parmi vos souvenirs
ce rendez-vous où je n'ai pu venir.
(Gilles Vigneault. Quand les bateaux s'en vont, p. 63)
NDLR : Le texte a été ponctué par nous.
Section 4.3.2
Le champ des relations logico-sémantiques pousse l'analyseur à considérer deux relations fondamentales qui sont inscrites dans le texte; il s'agit de celles d'expansion et de projection. Vous êtes invité à réfléchir à propos de ces distinctions en confrontant les définitions du tableau 4.3.2c aux exemples proposés dans le tableau 4.3.2d.
Refaites le tableau 4.5.2d en suggérant des exemples que vous proposez vous-même. Puis à l'aide de la notation particulière qui figure au tableau 4.3.2b, faites un commentaire écrit qui explique chaque cas.
Lectures complémentaires
Phrase
GUIRAUD, P. La grammaire, Paris, PUF, 1958, p. 22-31.
MARTINET, A. Éléments de linguistique générale, Paris, Armand Colin, 1967, p. 128-131.
MOUNIN, G. Clefs pour la linguistique, Paris, Seghers, 1968,
p. 124-150.
Références
BERNSTEIN, B. Theoretical Studies Towards a Sociology of Language, Primary Socialization, Language and Education : Class, Codes and Control. Vol. 1, 1971.
HALLIDAY, M.A.K. An Introduction to Functional Grammar, London, Edward Arnold, 1985.
HALLIDAY, M.A.K.et HASAN, R. Language, context and text : aspects of language in a socio-semiotic perspective, Oxford, Oxford University Press, 1989.
HASAN, R. Linguistics, language and verbal art. Oxford, Oxford University Press. 1989
LYONS, J. Linguistique générale : Introduction à la linguistique théorique, Paris, Larousse, 1970.