Au courant des années 90, le développement
des applications en rapport avec l'organisation des connaissances a
connu un essor considérable. Le domaine de l'intelligence
artificielle a favorisé les recherches liées aux bases
de connaissances construites de façon à rendre
disponibles des connaissances dites déclaratives; c'est
souvent en les arrangeant en réseaux sémantiques
qu'elles sont présentées.
Le passage des
schémas
linéaires peu adaptés au monde
complexe de la pensée aux
schémas
hiérarchiques, puis aux
schémas
relationnels, a permis de construire plus
justement la représentation des idées en mettant en
relief la complexité des relations qui le caractérise.
Un regard global posé sur ces aspects théoriques nous
amène à considérer ce que l'on appelle la
cartographie conceptuelle.
Aux réseaux sémantiques soumis à des
perspectives théoriques particulières compte tenu des
théoriciens qui les ont conçus pour des fins
spécifiques, se juxtaposent les cartes conceptuelles et les
schémas sémantiques. Il s'agit d'autres avenues
permettant de visualiser les connaissances dans une perspective
systémique. Et cela favorise le partage du monde qui nous
entoure ou nous habite en domaines ou champs.
Après quelques réflexions tirées de l'ouvrage
Principle of Semantic Networks. Explorations
in the representation of knowledge, nous
allons entreprendre la démarche qui devrait nous conduire
à la construction d'une carte conceptuelle.
En 1991, J. F. Sowa a édité les textes soumis par des
experts dans le domaine de l'intelligence artificielle lors
d'ateliers de travail à Catalina (États-Unis) en 1989.
Il s'agit en quelque sorte de la présentation de certains
courants de pensée dans le champ de la représentation
des connaissances que nous appelons la représentation
conceptuelle. Le terme-clé rassemblant ces perspectives
théoriques est celui de réseau sémantique qui
est défini comme une structure représentant les
concepts, ou encore les connaissances, grâce à des
modèles construits. Les composantes de ces modèles sont
organisées de façon à faire ressortir des termes
formant un à un les noeuds d'un réseau de relations
marquées au moyen d'arcs.
Sowa pose d'abord les concepts généraux qui
déterminent l'étendue de l'influence de ces
théories.
Ontologie |Taxomonie | Méronomie | Épistémologie
En premier lieu, il importe de souligner que ces
discussions à propos de la représentation des
connaissances relèvent de
Sowa souligne qu'en faisant usage du terme ontologie
avec le déterminant indéfini, une ontologie, il est
alors question d'une taxonomie.
mot dont les racines qui le forment sont de taxis : arrangement ou ordonnancement, et de nomos : loi, devient synonyme d'ontologie. La taxonomie peut donc être un arrangement fondé sur une loi ou un principe. Le principe le plus communément reconnu est celui de la généralisation. La taxonomie peut alors être considérée comme une structure hiérarchique construite à partir du principe de généralisation; l'expression structure hiérarchique de subduction est aussi employé pour la nommer.
Parmi les autres mots dont on fait usage pour se donner de la conversation, figurent celui de
meros : partie et nomos : loi, car il est souvent question des relations des parties au tout,
et celui d'
du mot grec épistémè qui veut dire connaissance. L'épistémologie est l'étude des limites et de la validité de la connaissance et des critères la distinguant de la croyance.
Les catégories de la connaissance sont prises en charge par
l'épistémologie et celles de l'existence, par
l'ontologie. Sowa retient des manières de représenter
les relations qui lient des ensembles de concepts. Il les
dégage de théories marquant les sciences humaines
à des époques diverses. Habilement il illustre les
usages particuliers que philosophes, psychologues et linguistes ont
fait des représentations conceptuelles. Puis suivent les
réseaux sémantiques qui caractérisent les
recherches contemporaines en intelligence artificielle.
L'arbre de Porphyre | La structure hiérarchique de concepts | Le graphe de constituants
En commençant par des allusions à
l'histoire ancienne des réseaux sémantiques, Sowa a
présenté
l'arbre de
Porphyre. Porphyre est
un philosophe grec du troisième siècle de notre
ère qui a voulu clarifier les relations établies par
Aristote dans ses catégories. Réseau de type
hiérarchique, cet arbre est caractérisé par sa
binarité. Chomsky s'est imposé les mêmes
contraintes en grammaire générative : le passage d'un
niveau à un autre est marqué par la segmentation de la
structure située à l'un des noeuds en ses deux
constituants de niveau hiérarchique subséquent.
Par la suite, Sowa fait allusion à deux autres graphes. Celui
du psychologue Selz qui, au début du
siècle, a illustré en
une structure
hiérarchique de concepts et les mots
par des cercles et les concepts associés par des
carrés.
Et vient le
graphe de constituants grammaticaux du
linguiste français Tesnière. Il a
été exploité par David Hays (1964) dans ses
travaux en traduction automatique. Roger Shank s'en serait aussi
inspiré en déplaçant l'intérêt des
constituants grammaticaux sur les constituants conceptuels.
Tesnière serait ainsi à la source des travaux de Shank
en intelligence artificielle.